Femme qui se tient le cou et le dos

SAID Principle – Bonne ou Mauvaise Posture [Partie 1]

L’idée de cet article me trotte depuis longtemps. Elle m’est venue notamment en voyant un grand nombre de pubs, commentaires ou articles « scientifiques » sur la posture.

Voici la théorie résumée: il existe des postures plus ou moins bénéfiques à notre santé, des bonnes et des mauvaises.

J’emploie volontairement le mot théorie car non seulement ce n’est pas la seule mais elle s’avère être de plus en plus fausse.

Voici la définition du Larousse de la posture :

  •     Position du corps ou d’une de ses parties dans l’espace.
  •     Technique de kinésithérapie utilisée pour prévenir ou corriger une mauvaise position.

Nous nous accorderons pour dire que posture et position sont à peu près synonymes.

Corriger une mauvaise posture ? Mauvaise ???

Avez-vous déjà vu un chimpanzé aller chez le kinésithérapeute chimpanzé,  expert du mouvement  chez les singes, pour lui demander de corriger sa mauvaise posture lors de sa marche? Vous avez déjà vu un chat corriger un chaton parce qu’il s’assoit n’importe comment?

Nous avons ici un problème : l’humain serait le seul être vivant à avoir des mauvaises positions ou postures!

Qu’est-ce qui nous différencie alors de toutes les autres espèces pour en arriver là?

La réponse se trouverait peut être dans un principe, appelé en anglais SAID principle (Specific Adaptation to Imposed Demands, en français Adaptation Spécifique aux Demandes Imposées).


Celui ci s’applique à tout ce qui est vivant. Il signifie que les organismes vont s’adapter spécifiquement à leur environnement et aux tâches qui leur sont imposées. Des mots d’Ido Portal: « Votre corps va s’adapter à ce que vous lui demander de faire ou ne pas faire. »

On le retrouve par exemple dans l’un des principes piliers de la physiologie qui dit « la contrainte crée de l’os » (Loi de Wolff) . En effet c’est en chargeant l’organisme que celui-ci va augmenter la densité osseuse, voire rajouter de l’os. La solution contre l’ostéoporose peut être? Et bien oui, puisqu’à ce jour le meilleur remède connu pour lutter contre la perte de densité osseuse est l’activité physique. Et non ce n’est pas le lait ni le complément alimentaire Calcium X forever young++ vendu par Herbachouette!

Exemple: le grand trochanter du fémur est la zone où s’insère plusieurs muscles puissants. Avec le temps, celui-ci s’est dont développé en protubérance osseuse très dense, puisque les contraintes y sont importantes.

anatomie hanche
Source : https://clinique-genou-hanche-bordeaux.fr/hanche/chirurgie-conservatrice-de-la-hanche/

Voici donc ce qui nous différencie tant des autres animaux: la demande que nous imposons à notre corps. L’humain est la seule espèce qui s’est autant coupée du mode de vie pour lequel il a évolué sur des millions d’années. L’Homo Sapiens, donc nous, a déjà au moins 300 000 ans, et nos ancêtres ont forgé leur patrimoine génétique sur des millions d’années d’évolution. Notre mode de vie ultra sédentaire a quant à lui environ 100 ans et même en parlant de l’arrivée des premières inventions nous ayant rendu fainéant, 200-300 ans, soit rien du tout en terme d’évolution.

Notre corps est toujours celui d’Homo Sapiens, chasseur-cueilleur, constamment en mouvement à la recherche de nourriture ou occupé à la fabrication de son habitat et d’outils. Mais notre mode de vie est celui de Homo Débilitus, qui ne bouge soit pas, soit de manière trop répétitive. Les conséquences sont alors logiques: problèmes musculo-squelettiques, santé dégradée etc… à ne pas confondre avec l’espérance de vie qui est essentiellement liée au fait qu’on ne se fait pas courser en permanence par des tigres à dents de sabre, ou que nos lits n’accueillent pas de serpents et autres insectes ultra dangereux. La preuve est que dans les cultures primitives encore présentes aujourd’hui comme en Amazonie ou en Afrique, il est possible de voir des membres de 80 ans chasser le singe en courant dans les bois, pieds nus, pendant des heures. Ce n’est donc pas les « progrès » de notre alimentation, calamiteuse au passage, ou de notre pharmacopée chimique qui explique la longévité.

Une de ces soi-disant avancées pourrait justement être le lit. Une étude anthropologique, menée par Michael Tetley lors de 14 expéditions aux 4 coins de la planète, tend à démontrer que les peuples natifs dormant sans oreillers et lits sont sujets à très peu de troubles musculo-squelettiques (source NCBI). Preuve que notre corps ne s’est pas adapté au confort du lit.

Le vrai problème de notre posture n’est pas qu’elle soit bonne ou mauvaise, mais qu’elle soit figée. Honnêtement, la soi-disant bonne posture qui nous est vendue par les vendeurs de bidules à posture et autres spécialistes… Vous avez vraiment envie d’avoir cette dégaine de spartiate toute la journée???? Et surtout, est ce que le fait de maintenir cette posture plus qu’une est prouvée scientifiquement pour être meilleure, soulager les troubles musculosquelettiques etc…?  La seule chose dont le consensus scientifique est unanime, c’est que pour maintenir un bon fonctionnement du système musculosquelettique, il faut le faire bouger, pas l’immobiliser.

Rappelez-vous qu’un vendeur de pneus vous dira toujours que vous avez besoin de changer vos pneus. Demandez au vendeur de chez Nike, Adidas ou « You Name It » si vous avez besoin de bonnes chaussures pour courir; puis posez la même question à Bobby, natif amazonien qui court pieds nus tous les jours.

4 postures debout "bad and good posture"

Notre corps est conçu pour bouger en permanence de manière variée. Mais nous avons créé sciemment un environnement nous incitant à l’immobilité et la répétitivité: chaise, canapé, lit, voiture… Notre corps va donc s’adapter à cette immobilité en créant ce qui est nécessaire et supprimant ce qui consomme de l’énergie pour rien.

Faites l’expérience suivante: pendant un jour ou deux n’utilisez ni chaise, ni canapé chez vous, même pour manger. Si vous devez vous asseoir, utilisez le sol. Notez combien de temps vous restez avachis et combien de fois vous allez changer de position.


Faites la même expérience en supprimant la télévision et noter combien de temps vous rester dans la même position. Ne réfléchissez pas à ça, essayez, expérimentez.

Cette expérience m’avait été inspirée par Katy Bowman, spécialiste en biomécanique et auteur du livre « Don’t Just Sit There », qui a supprimé son mobilier de confort pour créer des espaces incitants au mouvement dans sa maison. Cette idée lui est venue à partir du constat suivant « » Beaucoup de mes clients avaient des douleurs aux genoux, hanches et dos et je me demandais pourquoi. Donc quand je suis allée à l’école pour devenir biomécanicienne, j’ai commencé à chercher pourquoi les gens avaient ces problèmes et comment les prévenir plutôt que les corriger. C’est à ce moment que j’ai réalisé qu’on ne peut annuler un régime de barres chocolatées avec du chou kale en salade, et qu’on ne peut contrer la sédentarité quotidienne avec l’exercice. » (l’article original ici )

Ce que cela signifie, c’est qu’il est illusoire de croire que faire une séance d’exercice de temps en temps va changer radicalement un corps qui s’est adapté sur des années à la sédentarité. Si votre corps doit s’adapter, il le fera en fonction du temps qui est alloué à l’activité => 6h de chaise au bureau+ 2h de canapé + 7-8h de sommeil dans un lit +1h à table+ 1h dans la voiture = 17h de sédentarité, même si l’on y ajoute 1-1h30 de sport quotidiennement. Bien sûr, je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire, loin de là, mais cela doit être vu comme un début, car ce ne sera juste jamais assez pour lutter contre toutes les heures passées à immobiliser le corps.

Un dernier exemple de la stupidité de vouloir contrôler la posture: l’assise en W chez les enfants. Certes un enfant qui ne s’assoit qu’en W peut être signe de problèmes vestibulaires. Mais interdire la position sous prétexte que ça va déformer les hanches… Si l’enfant est dans un environnement l’incitant à explorer en permanence, combien de temps croyez-vous qu’il va passer en W? Avez vous déjà essayé d’explorer votre environnement en W? C’est au moins compliqué, si ce n’est pas faisable. L’enfant a donc, si son environnement est riche, peu d’intérêt à rester des heures dans cette position. Mais que se passe t-il s’il y reste quelques minutes régulièrement?
Il maintiendra une bonne mobilité en rotation interne des hanches, bien meilleure que la chaise qui le limitera dès son plus jeune âge à 90° de flexion et 0° de rotation interne et externe. Bien-sûr le W maintenu pendant plusieurs heures engendrera une adaptation néfaste de la structure des hanches et des genoux pour la position debout. Tout est question de durée et de fréquence.

Position Assise En W

Allez expliquer à ce monsieur que ses postures ne sont pas bonnes pour ses genoux ou ses hanches 😀

Pourquoi le travail sur « la posture » soulage pourtant certaines douleurs ?

Avant de répondre à cette question, il faut comprendre les 3 points suivants: une théorie peut s’avérer être fausse mais son application apporter des résultats. Corrélation ne veut pas dire cause. La nature n’aime pas l’immobilité, ce qui ne bouge pas meurt.

Comme nous l’avons vu, la posture n’a rien de bon ou mauvais. Mais pour changer de posture, l’une des choses qu’il est recommandé de faire est de renforcer les muscles faibles, qui sont généralement les mêmes générant la douleur. L’explication est simple: Ces muscles sont généralement faibles car sous-entrainés et limités dans leurs amplitudes. Le tonus musculaire a alors tendance à augmenter (la tension au repos dans le muscle) pour compenser cette faiblesse.

A la longue cette tension permanente génère des douleurs. En les réactivant par l’entrainement, le tonus peut revenir progressivement à la normale et la douleur s’estomper. C’est la raison pour laquelle le soulevé de terre, exercice de renforcement du bas du dos, est si efficace pour lutter contre les lombalgies dont la cause est une hypertonicité associée à un manque de force, alors que les étirements n’ont que peut d’effet à long terme, bien qu’antalgiques (diminution de la douleur) à court terme.

Autre exemple dans les cas de douleurs des épaules, les muscles douloureux sont généralement ceux de la coiffe des rotateurs, la prescription est alors du renforcement musculaire de la rotation externe, qui diminuera le tonus tout en maintenant la tête de l’humérus plus efficacement lors de l’effort. Lorsque l’on a « une posture voutée en avant », accompagnée souvent de douleurs lombaires et épaules, devinez ce qu’il est prescrit en plus du maintien de posture spartiate? Du soulevé de terre et des exercices de renforcement des rotateurs externes! Est ce vraiment le changement de posture qui améliore la situation ou bien la mise en mouvement et la sollicitation de tissus atrophiés/inhibés?

En résumé pour ce premier chapitre :

Il n’existe pas de bonne posture car celle-ci devrait être en perpétuelle évolution. Tout comme l’eau, le corps pourrit dans la stagnation. Il existe par contre des environnements nous incitant à plus ou moins de mouvement et c’est cela qui doit être modifié car les changements s’imprimeront sur la durée, à l’inverse de l’exercice classiquement prescrit qui n’est que de courte durée. En modifiant l’environnement, les contraintes sur notre organisme changeront et la posture changera d’elle-même si besoin. Ce changement devra se faire progressivement pour ne pas engendrer de problèmes articulaires ou blessures, ce que nous aborderons dans les prochains chapitres.

Merci d’avoir lu et à bientôt pour la suite !

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