Femme sur une posture de souplesse dans la montagne

Psoas Sacré, Sacré Psoas : Le dossier qui ne va pas faire plaisir à tout le monde !

⚠️  Je vais taper un peu fort sur certaines CROYANCES, car oui, certaines des choses que vous avez pu lire sur le psoas ne sont que des croyances et ne s’appuient sur rien d’autre que du gourouisme.

Psoas qui es-tu?

🔶️ Pour bien re-situer de quoi on parle ici, l’image 1 met en évidence le grand psoas (psoas major), on peut noter le psoas minor qui est la petite « bandelette » qui passe devant.

Il prend son origine au niveau de T12 (la dernière vertèbre thoracique chez la moyenne des gens) jusqu’à L4 et s’insère sur la partie haute du fémur au même niveau que l’iliaque (muscle à l’intérieur de l’os iliaque, que tu appelles généralement le bassin, faut pas trop se casser la nénette pour comprendre où vont les muscles parfois!).

Le psoas contribue à la flexion de hanche (peut être pas tant que ce qui est généralement attribué, voir sources), une supposée légère action en rotation externe (contestée) et une supposée action d’adduction (contestée). Il serait stabilisateur de la tête fémorale en conjonction avec l’iliaque (on parle en fait d’iliopsoas) pour ce qui est de la hanche.

Il stabilise également la colonne, de part la manière dont il est inséré sur la colonne, il intervient dans la lordose et dans la cyphose (j’y reviendrai 🙂 )

Il est visuellement facile de voir que le psoas a un rôle dans l’inclinaison de la colonne.

Anatomie psoas
Qu'est-ce qui est jaune et qui attend ?

En résumé, de tout ce que j’ai pu lire, l’action du psoas dépend en grande partie de la configuration dans laquelle on se trouve.

Le moins qu’on puisse dire c’est que le psoas est un muscle qui suscite beaucoup d’intérêt ! A tel point que lorsqu’on se rend sur le site kiné formations, on trouve une formation spéciale « dysfonction de l’iliopsoas », pourtant on ne trouve pas une rubrique spéciale biceps brachial ou SCM.
Comme vous pouvez aussi le constater/vérifier en allant creuser les sources et en faisant des recherches approfondies, le rôle du psoas est encore débattu, alors quand je vois des coachs/profs dirent sur la simple base d’une photo « tu as besoin d’étirer ton psoas », ça me fait un peu grincer des dents!

La biomécanique de la hanche en flexion/extension

La hanche est limitée, selon Kapandji, à 20° environ en extension passive ( Anatomie Fonctionnelle, Tom 2, membre inférieur, par A.Kapandji)

Dufour nous donne une fourchette de 10 à 20° pour l’adulte, 5 à 10° pour une personne âgée. (Biomécanique Fonctionnelle, par M. Dufour ).
Au delà de cette amplitude, c’est le
bassin qui part en antéversion (fesses sorties, bas du dos creusé).

La flexion du genou limitera bien avant l’extension par la mise en tension du droit fémoral (un des faisceaux du quadriceps qui traverse la hanche).

La limitation de l’extension de la hanche (genou tendu) est causée par la mise en tension des tissus antérieurs : illiopsoas, capsule et ligament iliofémoral (image 2). C’est avant tout les ligaments qui stabilisent la hanche en extension car les muscles fléchisseurs sont relativement petits, ces ligaments ont donc une grande raideur.

L’extension est causée par les extenseurs de la hanche ( Mr Obvious is back!) avec comme principal acteur au casting, le grand fessier. Le grand fessier c’est ce muscle galbé que tu vois partout dans les magazines, je ne penses pas que j’ai besoin de te le présenter plus que ça. C’est le muscle le plus puissant de ton corps et c’est lui qui assure en grande partie la stabilité postérieure de la hanche. A l’arrière les ligaments sont largement moins raides qu’à l’avant, car les muscles sont très puissants.

Anatomie bassin
Le ligament iliofémoral, en vert

Le savais-tu ?

Le grand fessier est le muscle le plus puissant du corps humain. Mais la langue est un muscle encore plus puissant si on la ramène à la même taille.

Hé bin non, la langue n’est pas un muscle  mais un organe composé de plusieurs muscles. Je ne sais pas d’où vient l’histoire de la force de la langue mais je n’ai rien trouvé de fiable, à part des Saviez vous que!

Le savais-tu ?

Tu es plus enclin à croire que quelque chose est vrai lorsque c’est précédé de la mention le savais-tu? le saviez-vous? (Impossible de retrouver les sources )
Un le savais-tu dans un le savais-tu… Un méta le savais-tu!!!
Tel Inception je vais te laisser réfléchir à ce qui est vrai ou faux!

Allez retour à notre hanche!

En flexion la hanche a entre 100° et 110° d’amplitude disponible selon Dufour, jusqu’à 140° selon Kapandji. Au delà c’est le bassin qui part en rétroversion puis les lombaires en flexion (bas du dos arrondi ).

Rappelons au passage que les amplitudes que Kapandji donnaient sont connus pour être assez élevés, l’histoire autour de ça serait que sa femme était danseuse et qu’il avait observé celle-ci pour ses mesures… Vrai ou pas, je n’ai pas pu vérifier cette information, mais il est certain que 140° n’est pas la moyenne !

Il est très intéressant de noter que la plupart de la mobilité en flexion/extension de la hanche se trouve dans la flexion et que les muscles les plus puissants sont les extenseurs. C’est ce qui nous permet de courir efficacement car c’est dans l’extension que se trouve le maximum d’effort, les fléchisseurs servant essentiellement à ramener la hanche « sans contrainte » (phase de swing, c’est à dire seulement contre l’air).
Si vous aviez des « fessiers » à l’avant du corps, vous n’auriez pas cette mobilité et la course, comme la plupart des choses, seraient impossibles. C’est aussi la raison pour laquelle, pour des raisons fonctionnelles, le plus gros volume des fléchisseurs des hanches ne se trouvent pas sur la hanche, contrairement aux fessiers, mais en périphérie
(cuisse ou en profondeur pour l’iliaque et le psoas) : ça gagne de l’espace presqu’autant qu’une Valérie Damidot !

Les fléchisseurs de hanche sont largement plus faibles que les extenseurs, d’où l’importante raideur du ligament iliofémoral pour stabiliser la hanche, sinon la hanche ferait POP sans cesse!

Nous aurions eu bien du mal à survivre avec une hanche immobile ou qui se luxe en permanence, et la sélection naturelle suffit amplement à expliquer pourquoi nous sommes ainsi fait. Pour rappel, nous sommes encore aujourd’hui relativement mal adaptés à la bipédie, ce qui pose de nombreux problèmes musculosquelettiques dont les quadrupèdes ne semblent pas souffrir !

Pseudo-Science

🤡 C’est d’ailleurs le moment de se détendre un peu et de parler de croyances autour du psoas!
 
Selon certains, le psoas serait le muscle poubelle, le muscle de l’âme, le muscle des émotions…UN MUSCLE POUBELLE!? Oui oui tu as bien lu, et quand on a pas l’habitude ça pique un peu !
Pourtant c’est une dés-information, que certaines personnes n’hésitent pas à partager comme explication anatomique/physiologique, avec pour  preuves… Pas besoins de preuves quand on a facebook pubmed !

A ma connaissance il n’existe
pas d’études sérieuses montrant que le psoas stockerait les toxines des viscères/des reins à cause de sa proximité. Ce sont des croyances. Ça a la forme d’une explication rationnelle, ça y ressemble et ça s’appuie sur des connaissances anatomiques (faut quand même savoir que le psoas est à côté des reins et dans la profondeur, que le fascia iliaque est entre les 2…) mais ça a un petit arrière goût de bullshit. En fait non c’est juste ce qu’on appelle de la pseudo-science, c’est à dire que ça ressemble à de la science dans la forme (et encore…) mais la comparaison s’arrête là.
Je n’ai rien contre les croyances, du moment qu’on essaye pas de les vendre comme des vérités et que ces croyances n’ont pas des
conséquences néfastes lorsqu’elles sont propagées ! Désolé pour cette mauvaise nouvelle, mais rouler sur une balle en écrasant ton psoas ne va pas détoxifier ton corps, résoudre tes soucis émotionnels, ne va pas te ramener l’amour perdu, ni réparer ta voiture ! Ou au moins avec autant de réussite que lui =>🎅


Si ça te fait du bien pas de soucis, mais ne va pas considérer que parce qu’un truc te fait du bien, ça veut forcément dire que ça va marcher pour ton voisin ou que tu viens de révolutionner la science du corps humain.
Pire, en partageant ce genre d’infos de piètre qualité, il y a de grandes chances pour que quelques personnes envisagent que c’est la solution à leur problème et retardent leurs soins!

Mise à jour du 18/01/2021 sur le muscle poubelle :

Suite à la publication de l’article plusieurs personnes se sont étonnées de ce passage que j’ai donc décidé d’étoffer.
La première trace écrite  que je suis parvenu à trouver (google livres) de cette hypothèse que le psoas stockerait les toxines, et dont l’auteur semble affirmer la paternité date de 1991
(Roger Daudin, vaincre la dyslexie par les thérapies manuelles), allant jusqu’à lui attribuer le titre de « réservoir à toxines de l’organisme ».

L’auteur donne ça comme une évidence, en s’appuyant sur le fait que le psoas est proche des viscères et des reins et que la proximité anatomique engendre nécessairement un échange métabolique. Mais il n’en donne aucune preuve, seulement sa théorie.

Pour l’instant c’est la source la plus ancienne de cette idée. Vous êtes invités à lire ce chapitre pour vérifier par vous même.

https://books.google.fr/books?id=S7hXDwAAQBAJ&pg=PT137…

Je précise que lors de toutes les recherches que j’ai fais sur le sujet, aucun des sites n’a fait mention d’une quelconque étude prouvant cette idée, c’est toujours théorique. D’ailleurs on est systématiquement face à des sites ne donnant pas de sources, ce qui devrait tout de même éveiller quelques soupçons.

En parallèle j’ai trouvé, ce qui me semble pour l’instant une piste intéressante, c’est le lien neurologique entre les 2. Un kiné du nom d’Olivier Pireaux a fait un article sur la controverse autour de la toxémie du psoas. Je n’ai pas encore réussi à trouver l’article complet mais j’ai trouvé ce morceau dans le mémoire d’un ostéopathe (lien)

« en effet, nous avons vu dans les rappels anatomiques que le rein était très encaissé et que son système vasculaire était riche en barorécepteur, ceci d’ailleurs afin d’assurer sa fonction régulatrice de la tension artérielle. Le rein est sensible à toute variation de la volémie (…) (rappelons que le rein est le filtre des liquides sanguins, lutte contre la toxémie et gère le pH). Cette tension va se traduire par une information nociceptive d’origine sensitive en relation avec le métamère D12/L1. (…) Par réaction réflexe, l’influx nerveux va augmenter sur la boucle GAMA et donc augmenter le tonus musculaire du psoas, c’est tout simplement le réflexe myotatique. Ce spasme réflexe du psoas est donc une conséquence et non une cause. « 

Les recherches sur la toxémie et le psoas n’apportent toujours rien (google scholar, pubmed, researchgate, hal…)

Conclusion à l'heure actuelle :

Toujours rien de concret permettant d’affirmer que le psoas serait un muscle poubelle, l’idée semble s’être propagée dans le milieu ostéopathique en premier lieu.

Au mieux on peut dire que l’hypothèse n’est pas réfutée, mais n’est en aucun cas validée.

Les douleurs du psoas, liée à une dysfonction des reins ou des viscères (test pour l’appendicite) ne valident pas un engorgement du muscle, seulement que l’inflammation peut se répercuter ou que le psoas peut provoquer de la douleur en étant spasmé, comme n’importe quel autre muscle.

La seule cause avérée de transfert de toxines provient d’un foyer infectieux dans les reins (ex: pyélonéphrite, infection des reins. Une infection a la fâcheuse tendance à s’étendre, voire créer des abcès ulcérant… ), ou de pathologies des intestins comme la maladie de Crohn ( maladie rare pouvant ulcérer les intestins. Il est logique alors que les toxines se baladent librement ) causant un abcès du psoas. Il est intéressant de noter au passage que la littérature scientifique semble s’accorder sur le fait que l’abcès du psoas ne se produit jamais seul, toujours à la suite d’infections autres.

Une des revues systématiques sur l’abcès du psoas

https://reader.elsevier.com/…/sd/pii/S1743919112007650…

Jusqu’à preuve du contraire, il est donc plutôt rationnel d’émettre des doutes sur cette idée et de ne pas l’accepter comme vraie.

Je rajoute au passage que n’importe quelle idée extraordinaire nécessite des preuves extraordinaires, la charge de la preuve revient à la personne qui fait l’affirmation car il est impossible (ou presque) de démontrer / prouver qu’une chose n’existe pas. Mon article n’a donc pas pour but de montrer que c’est faux, mais que jusque là, ce n’est pas vrai.

Cette histoire me fait beaucoup penser à celle de la dent d’or, de Fontenelle
(Histoire des Oracles). En résumé, c’est l’histoire d’un jeune garçon dont la dent de lait est tombée et dont une dent d’or a pris la place. Tout le monde va alors essayer de comprendre pourquoi cette dent est apparue, quels sont mécanismes et miracles à l’origine de ce phénomène extraordinaire. Puis vient un homme qui ajoute que tout ça est intéressant mais qu’encore faudrait-il que la dent soit bien en or! Il l’a fait examiné par un orfèvre qui explique alors que c’est une dent tout à fait ordinaire, mais recouverte habilement d’une feuille d’or. Les savants avaient trouvé des tas d’explications pour un phénomène qui n’existait pas.

La moralité est qu’il faut d’abord nous assurer du fait avant de nous inquiéter de la cause.  » (Christophe Michel, Hygiène Mentale). Cette vidéo est géniale, toute comme TOUTE la chaine Hygiène Mentale, à regarder sans modération.

Le muscle de l’âme :

Pour le côté spirituel, je n’ai pas de problèmes, tant que c’est clairement dit « ceci est une croyance, je n’ai aucune preuve hormis ma foi sur ce sujet » et que cette croyance n’a pas d’impact négatif sur le comportement. Si je te dis de croire au père Noël parce que moi j’ai envie d’y croire, tu ne vas pas me suivre bêtement. Et bin, c’est la même chose pour le psoas, tu as le droit de considérer que ton âme est dedans, que ce muscle a un lien privilégié avec l’âme…etc… mais tu n’es pas obligé de chercher à convaincre tout le monde.

Et est ce que le psoas est si important que ça pour les émotions?

En général quand tu as mal quelque part, ça te rend grincheux. N’importe quel muscle un peu trop irrité aura la fâcheuse tendance à faire de toi une peau de vache. Et on pourrait dire que la tendance inverse est aussi vraie, si tu es hyper tendu mentalement et émotionnellement, ça a de grandes chances de finir par te tendre musculairement… Donc oui le psoas a de fortes chances d’influer sur tes émotions, au même titre que toute ta physiologie, mais pas parce que c’est un muscle avec un pouvoir spécial, juste parce que c’est ton corps et que ton corps influe sur ton mental et comment tu te sens.

Si tu es un pro (prof, coach…), que tu as lu ça et que tu t’es dis « mince j’ai partagé un de ces trucs un jour sans réfléchir », je ne te blâme pas, on l’a tous fait plus ou moins. Maintenant tu sais que tu dois vérifier tes sources avant de tout partager, car tu as une
responsabilité envers d’autres humains qui te font confiance. Si tu n’es pas pro et que tu partages des trucs sans réfléchir pour lesquelles tu n’as aucune compétence… Fais nous gagner du temps et arrêtes s’il te plait ! 😅

Robert Downey Jr. soulagé
Ma tête après ce chapitre

Le psoas et le mal de dos

Comme nous l’avons vu dans sa petite présentation, le psoas prend son origine sur les vertèbres lombaires ainsi que la dernière thoracique (T12). Donc quand il merdouille, tu le ressens aussi dans le bas du dos.
Accroche toi  2 petites secondes, on va parler d’un truc compliqué mais avec une image !

Les insertions proximales (celles d’en haut) de Mr Psoas se font à la fois sur le côté de la colonne (sur les corps vertébraux) et à l’arrière sur le côté (sur les processus transverses).

Anatomie du psoas

A cause de ces insertions, il semblerait que le psoas ait avant tout un rôle stabilisateur du rachis. Comme pour la hanche, en fonction de la position dans laquelle la colonne se trouve, le psoas pourra être alternativement fléchisseur ou extenseur. Bien foutu !

On a donc plutôt intérêt à ce que le psoas ne déconne pas trop et qu’il soit suffisamment fort pour bien maintenir ce foutu rachis en place ! 
Et j’ai bien parlé de force ici, pas de souplesse ! Car c’est ce qu’on va aborder maintenant. Le manque de force est directement corrélé au risque de blessure, de manière générale. C’est à dire, si les tissus de tes chevilles sont forts au point que tu peux supporter n’importe quelle contrainte courante, il y a peu de chances que tu te fasses un jour une entorse. Par contre si tes tissus ont la capacité d’absorption de force de ta mémé, on peut commencer à faire des paris avec des gros billets que si tu cours dans les bois tu vas te retourner salement la cheville !
Donc la première chose à retenir, c’est que si on veut limiter les blessures, que ce soit au dos ou à la hanche, on a tout intérêt à avoir un psoas fort et bien contrôlé.

Mais mal au dos ne veut pas forcément dire blessure. Par exemple, l’étude de
Brinjikii et al (2014), une revue systématique, a compilé les données présentant des imageries de personnes asymptomatiques du rachis (pas de douleur ou autres symptômes). A 20 ans, 37% des personnes présentaient des dégénérescences discales, ce chiffre montant progressivement jusqu’à 96% pour les 80+. On parle bien ici de personnes asymptomatiques mais présentant une pathologie et l’étude est édifiante (Merci à Pierre Perdriat pour celle ci ! ).

Inversement, la douleur n’est pas toujours liée à une pathologie anatomique.

Une des corrélations qui m’intéresse beaucoup en ce moment est le lien entre l’inhibition corticale et la douleur. J’en parle plus en détail dans la première édition de ma Newsletter
( téléchargeable ici ) en expliquant l’ étude d’une équipe de chercheurs australiens sur les douleurs tendineuses (Rio et Al, 2015). Ça va être l’occasion de me défouler une seconde fois 😀

Faut il étirer son psoas?

Ça dépend. En fait je pose volontairement une question qui n’a aucun sens. Ce serait comme demander au médecin, faut-il que je prenne un antibiotique ? Il manque beaucoup trop d’informations pour pouvoir répondre. Répondre systématiquement oui ou non reviendrait à dire que tous les problèmes ont la même cause. Et voilà ce qui m’énerve : la prescription hâtive des étirements du psoas, et le plus souvent lors des douleurs lombaires ! Sans faire de généralisations abusives, c’est une errance que je vois ENORMEMENT dans le milieu du Yoga, même chez les profs. Il n’est pas rare que je vois un post où un yogi va dire « il faut que tu étires ton psoas », peu importe la problématique de la personne.

Il faut que je fasse une petite digression pour expliquer ma pratique personnelle. Lorsque j’évalue les articulations d’une personne (ce qui me prend 2h en moyenne ), je regarde entre autres, si celle-ci peut ou non effectuer de l’extension de hanche, activement et passivement. En fonction de la pratique physique de celle ci, j’évalue les besoins. Une yogi n’a pas les mêmes besoin qu’un sédentaire ou qu’une CrossFiteuse de haut niveau.
Tout le monde n’a pas les mêmes besoins ! Ce qui peut être bon pour un individu, peut être relativement mauvais pour un autre. Il y a cependant des besoins communs (sauf cas particuliers), comme la marche bipède. Et c’est ces besoins communs qui déterminent les minimums syndicaux que je me donne comme points de repères, en dessous desquels j’estime la personne comme présentant un manque. Selon mes critères d’évaluation (qui ne sont pas parfaits, tout est améliorable ! ), certaines personnes ont besoin de plus d’amplitudes et d’autres non. En fonction de ça, un étirement du psoas peut être intéressant, ou pas !

Comme nous l’avons vu tout au long de l’article, l’iliopsoas a un rôle de stabilisateur dynamique de la tête fémorale, tout comme le ligament iliofémoral et un rôle de stabilisateur du rachis. Est ce que proposer systématiquement des étirements du psoas est vraiment la meilleur idée ??
Vous allez me dire, à juste titre, « il y a étirements et étirements ».
Je vais donc préciser. Est ce que les étirements passifs, ou demandant peu d’activation musculaire, et en grandes amplitudes sont vraiment la meilleur solution que vous ayez pour une personne ayant des douleurs ?

Est ce que maintenir la position ci-dessous pendant 5 minutes, sans évaluations préalables, est vraiment intelligent pour une personne se plaignant de douleur lombaires ?

Femme qui fait la posture du pigeon

Votre intuition vous dit peut être que oui, car lorsque vous voyez votre prof trop balèze ou n’importe qui prendre des positions impressionnantes, vous partez du principe que cette personne n’a pas mal ou n’a pas de problèmes, et donc que c’est bon pour vous de le faire. La vérité, c’est que de nombreux profs ont mal, donc cette manière de raisonner n’est pas suffisante. Mais les pros, qui font parfois 20h de la même chose, peuvent aussi tout simplement avoir mal du fait de l’hyper-spécialisation donc on ne peut pas dire que, faire le pigeon est bon ou mauvais, juste en se basant sur notre prof chéri.

Même si tout n’est pas encore éclaircit au sujet des étirements et leurs effets, on sait aujourd’hui, avec pas mal de données, que les étirements passifs ne sont pas suffisants*. Les étirements ont un effet analgésique (diminution de la sensibilité à la douleur) à court terme (à savoir que l’activité physique en général a un effet analgésique). Mais les étirements passifs diminuent la force maximale proportionnellement à la durée de l’étirement (un exemple parmi tant d’autres). Un programme d’étirement n’incorporant pas de travail de force, en amplitude, dans le même temps a donc de fortes chances de créer une perte de force prolongée. La répétition de ce type de programme pourrait avoir des effets néfastes comme la diminution de la stabilité, l’augmentation de la laxité ligamentaire…etc.

Mon opinion après tout ce qui a été dit jusque là:
Les étirements en hyper-extension de la hanche ne devraient pas être généralisés, tout comme les étirements du psoas dans le but de gagner de l’amplitude. Les étirements uniquement passifs de la zone devraient être totalement proscrits pour ne pas créer d’instabilité articulaire.
Il est intéressant d’observer que les personnes qui s’étirent beaucoup, sont les personnes qui ressentent le plus le besoin de s’étirer très régulièrement, se sentent « tendues » (douleur?) si elles ne le font pas .

L’effet analgésique des étirements passifs peut être un peu vicieux. Lorsqu’une personne démarre les étirements , elle se sentira forcément mieux si elle partait avec des douleurs. Mais comme dit plus haut, les étirements passifs vont engendrer une perte de force, qui risque fort de contribuer à l’apparition de nouvelles douleurs, engendrant l’envie de s’étirer à nouveau ! Des junkies des étirements!
Il faut donc bien veiller à ce que le programme mis en place compense cette perte de force par un travail adéquat. Pour moi la priorité devrait être l’amélioration de la fonction, pas la bobologie. Comme l’a dit très bien
Jill Cook (chercheuse incontournable dans le domaine des tendinopathies)

« Une personne avec une fonction faible aura toujours de la douleur.
Une personne avec une bonne fonction est protégée de la douleur.
Dès lors, l’amélioration de la fonction améliorera presque toujours la douleur. »

Attention, gardes bien en tête que ce que tu viens de lire est mon opinion, à un instant T, sur la base de ma propre expérience et de mon interprétation des données scientifiques à ma connaissance. Ce n’est pas LA vérité. Mon avis peut changer en fonction de ces 2 paramètres. Dans ce dernier cas, l’article sera mis à jour.

* Un des gros problèmes dans les études est que la différence est rarement faite entre étirement statique passif et actif. Dans la plupart des cas, les études que j’ai lu décrivent des étirements passifs ou quasiment passifs (contraction très faible), d’où le fait que je ne parle que de ceux ci. Les étirements statiques actifs avec contraction forte sont plutôt à étudier sous l’angle des isométries. 

Étirer le psoas

Pour étirer efficacement le psoas, le plus simple est de faire :

– Une extension de hanche, en gardant le bassin neutre.
– Agrandir la colonne au maximum
– Incliner latéralement du côté opposé la colonne

Mise à jour: Pierre Perdriat, de la chaine Les Kinés du Web, m’a indiqué à juste titre, que l’on peut faire mieux pour étirer le psoas selon ses propres recherches que ce qui est généralement recommandé, un petit challenge à relever donc! Dès que j’ai trouvé cette rubrique sera mise  jour 🙂

Je le répète, l’étirement du psoas n’est pas forcément LA solution, peut être que le mieux pour ta condition est un renforcement de tes fléchisseurs et que vouloir gagner de l’amplitude en t’étirant ne fera qu’aggraver la situation.

Vous pouvez regarder la vidéo de Jeff Cavaliere, sur sa chaine Athlean X qui illustre très bien comment tester vos hanches avec ce raisonnement.

Et si tu es faché avec l’anglais ou que tu penses que tout ce qui sort des frontières françaises représente le mal, Major Mouvement en a fait une similaire dans ta langue favorite.

Faire les écarts latéraux

Je n’y consacrerai pas beaucoup de temps  mais il est intéressant de se pencher 2 minutes dessus.
L’écart latéral consiste  à placer les 2 fémurs à au moins 180°

Femme qui fait le grand écart

Tu remarqueras que sur toutes les photos d’écart latéral, le dos est très creusé. On a vu que la hanche, au delà d’un certain point est limitée par le ligament iliofémoral, après ça le bassin part en antéversion. Et si Kapandji a dit que c’est limité à 20° passivement, dis toi bien que pour le commun des mortels on est largement en dessous ! Par contre en flexion tu as environ 140°! Presque la totalité de ton écart, donc si tu veux tes écarts, commence par développer au maximum ta flexion 😉

Et il manque des degrés là?! 140+20 ça fait 160 par 180!
Ouaip! Et c’est là où je veux en venir.


Les écarts c’est clairement pas un truc qui va te servir pour marcher ou courir, c’est largement au delà des besoins quotidiens. Il y a 20° qu’il va falloir prendre quelque part, et c’est probablement tes ligaments qu’il va falloir triturer pour ça, notamment ce fameux iliofémoral
(Kapandji) . Chez l’enfant les ligaments sont encore très lâches et flexibles, c’est donc très facile d’atteindre l’écart. Une fois que c’est fait, et que le corps est habitué à ça, il y a généralement peu de soucis. C’est d’ailleurs pour ça que les gens me disent souvent « j’avais mes écarts à 12 ans et c’est revenu assez vite ». Les ligaments permettent ce mouvement, ce qui facilite grandement la tache. Un ligament c’est hyper rigide et ça fait bien mal quand tu tires dessus un peu fort!


Par contre quand tu as passé une partie de ta vie avec des ligaments d’une certaine longueur et que pour une raison ou une autre ça change, il y a tout un travail de réadaptation à faire, notamment pour que la stabilité ne soit pas trop diminuée. Quand une articulation est instable ou insuffisamment stable,  c’est problématique pour tout un tas de choses.

Moralité, travailler les écarts ou toute prouesse de souplesse n’est pas anodin, surtout adulte, et il faut bien en avoir conscience avant de décider de comment le travailler.

Conclusion

Avant tout cet article avait pour but de démystifier le bullshit autour du psoas comme quoi ce serait un muscle poubelle, ou que ce serait LE MUSCLE à connaitre et à étirer. L’anatomie est complexe, d’autant plus dans un corps vivant où on ne peut pas s’introduire comme on veut  (non non c’est très mal, peu importe le contexte que tu y mets!!),  et il n’y a pas besoin d’inventer des histoires pour rendre ça merveilleux ! J’espère que cet article vous donnera le goût de vous pencher sur votre propre corps et l’envie de l’étudier un peu plus en détail.
Je voulais aussi montrer que la science n’est pas une chose figée, qu’il est normal que les connaissances évoluent au fil des expériences, apportant de nouvelles preuves, même pour un truc aussi « basique » que la fonction d’un muscle.  Au moment où j’écris ça, je pense que le monde a réellement besoin de se le rappeler.

Et bien sûr cet article avait pour but de me faire gagner PLEIN de THUNES, un jour, peut être… 😀
Allez je retourne rouler sur mon psoas en attendant que l’argent coule à flot, on sait jamais, j’ai vu ça l’autre jour sur Instagram Research.

Sources:
Le psoas n’exercerait pas d’action en rotation externe:
Skyrme et. al,( journal ‘Clinical Anatomy’ ,1999)

Activité phasique du psoas et son rôle dans la flexion:
Yoshio, et al.,  2002 (Orthop Sci, 2002;)

Action du psoas pour la stabilité du rachis:
Bogduk (Clin Biomech, 1992) 

Action du psoas en temps que stabilisateur de la tête fémorale:
Hirase, et al., ( Arthrosc Sports Med Rehab, 2020)

Images d’anatomie:
Complete Anatomie
« Image courtesy of Complete Anatomy » « Thanks to @3D4Medical »

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